Classification des traitements
Longtemps classés selon leur degré d’action sur la douleur (antalgiques de palier I, II ou III), les médicaments de la douleur se classent désormais selon leur mode d’action, facilitant ainsi leur utilisation selon les pathologies et douleurs ressenties.
La classification de Lussier et Beaulieu est reconnue par l’OMS, depuis 2010, comme classification des médicaments antalgiques.
Note : nous n’aborderons ici que les médicaments antalgiques, et non les traitements spécifiques de pathologies douloureuses.
| Mode d'action principal | Sous-classe | Molécules (et exemples de spécialités) |
|---|---|---|
| Antinociceptif | Non opioïdes | Paracétamol, aspirine AINS : naproxène (antalnox, apranax, aleve), kétoprofène (ketum, profenid), diclofénac (voltarene), acéclofénac, acide tiaprofénique (surgam), etodolac, flurbiprofène, ibuprofène, nabumétone, coxibs |
| Opioïdes faibles | Codéine, tramadol, opium (contient morphine et codéine entre autres), dihydrocodéine | |
| Opioïdes forts | Morphine, fentanyl, oxycodone | |
| Anti-hyperalgésique | Gabapentinoïdes | Gabapentine (neurontin), prégabaline (lyrica) |
| Nefopam | Acupan | |
| Coxibs | Etoricoxib (arcoxia), celecoxib (celebrex) | |
| Modulateurs des contrôles descendants (Inhibiteurs/excitateurs) |
Antidépresseurs tricycliques | Amitriptyline (laroxyl, elavil), clomipramine (anafranil), dosulépine (prothiaden), imipramine (tofranil), maprotiline (ludiomil), trimipramine (surmontil) |
| IRSNA | Duloxétine, venlafaxine | |
| Modulateurs de la transmission périphérique (et de la sensibilisation) |
Anesthésiques locaux | Lidocaïne (emla), capsaïcine |
| Anticonvulsivants | Carbamazépine | |
| Mixte | Opioïde | Tramadol |
- Effet anti-inflammatoire, effet antalgique et effet antipyrétique résultent de l’inhibition de la formation des prostaglandines.
- Effet anti-agrégant plaquettaire résulte de l’inhibition de la formation de thromboxane a2. Cette inhibition de la cox-1 est irréversible avec l’aspirine (effet persistant pendant la durée de vie des plaquettes : 7 jours en moyenne).
- Utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte possible.
- En cas de douleur chronique, réévaluer régulièrement la nécessité et l’efficacité du traitement par ains, qui n’est que symptomatique.
- Ne pas associer deux AINS.
- Critères de choix d'un AINS : prise en considération des facteurs de risque individuels du patient, du profil de sécurité d’emploi propre à chaque ains, et des préférences personnelles du patient.
- Dérivés salicylés : aspirine (acide acétylsalicylique).
- Dérivés de l'acide anthranilique (fenamates) :
- Acide niflumique (nifluril*) : douleurs post-opératoires en orl et stomatologie.
- Acide méfénamique (ponstyl*) : en gynécologie pour les règles douloureuses (algoménorrhées) dues à une hyperproduction de pgf2α (inhibe sa production locale).
- Indications communes : traitement symptomatique des douleurs traumatiques bénignes (tendinites, entorses, contusions).
- Dérivés arylacétiques et apparentés (indoliques) :
- Indométacine (indocid 25* chronoindocid 75*, indocid 100mg suppos) : le plus puissant des ains, très puissant inhibiteur des 2 isoformes de la cox mais sévérité des effets indésirables. Courte durée d’action.
- Diclofénac (voltarene*50, lp 75mg) : bonne diffusion dans le liquide synovial, surtout utilisé dans les rhumatismes inflammatoires chroniques. L'activité préférentielle sur la cox-2 contribue à une assez bonne tolérance digestive mais présente des inconvénients d'ordre cardio-vasculaire (l'augmentation du risque de thrombose artérielle semble comparable à celui observé avec les coxibs).
- Etodolac (lodine* 200, 300mg) : durée d’action plus longue et peu agressif sur la muqueuse digestive. Indiqué dans les douleurs modérées post-opératoires et la polyarthrite rhumatoïde.
- Dérivés arylpropioniques (acides faibles, ei digestifs moins prononcés) :
- Ibuprofène (200, 400mg) : douleurs faibles et modérées (dysménorrhée primaire), rhumatologie : arthrite rhumatoïde, ostéoarthrite.
- Kétoprofène (25, 50, 100mg, 100lp, 200lp, profenid, biprofenid* profemigr* toprec*) : diffuse très rapidement dans tous les compartiments. Forte concentration dans le liquide synovial.
- Naproxène (naprosyne 250, 500, 1000mg, naproxene 275, 550, 750mg) & nabumétone (nabucox*) : demi-vie beaucoup plus longue et toxicité digestive faible.
- Acide tiaprofénique (100mg, 200mg surgam*) & acéclofénac (100mg cartrex).
- Flurbiprofène (cebutid 10mg et 200lp).
- Oxicams :
- Piroxicam (10, 20mg brexin*) & tenoxicam (20mg tilcotil*) : polyarthrite rhumatoïde, arthrose, spondylarthrite ankylosante.
- Meloxicam (mobic*) : durée d’action moins longue et toxicité digestive moins importante que les autres oxicams.
Seuils de définition du traitement : 60 mg de morphine/jour po, 25 mg/h de fentanyl transdermique, 30 mg d'oxycodone/jour po, 8 mg d'hydromorphone/jour po.
- Douleurs chroniques non cancéreuses
- Lombalgie / lomboradiculalgie
- Arthrose
- Douleurs neuropathiques
- Autres maladies évolutives
- Douleur pelvienne chronique
- Douleur musculosquelettique diffuse
- Céphalées primaires / migraines
- Douleurs nociplastiques
Règles de primo-prescription : Dose efficace la plus faible ; libération immédiate uniquement ; durée maximale de 14 jours.
- Constipation & Nausées : Prévention systématique requise.
- Risques aigus : Somnolence, syndrome confusionnel, risque de convulsions et de dépression respiratoire fatale. Addiction/dépendance.
- Contre-indications : Insuffisance respiratoire, asthme grave ; insuffisance hépatique ou rénale sévère. Association interdite avec la buprénorphine, la naltrexone ou le nalméfène.
- Codéine : Posologie : 30 à 60 mg toutes les 4 à 6 heures.
Spécialités : Dafalgan/Efferalgan codéiné®, Codoliprane®, Klipal®, Claradol codéiné®, Prontalgine®, Antarène codéiné®. - Dihydrocodéine (Dicodin®) : Forme LP (60 mg 2 fois par jour).
- Opium : Lamaline®, Izalgi®.
- Morphine : Dose standard 30 mg LP toutes les 12 heures ou 10 mg immédiat toutes les 4h.
- Action immédiate : Actiskénan®, Oramorph®, Sevredol®.
- Libération prolongée : Skénan lp®, Moscontin lp®.
- Oxycodone : Oxycontin lp, Oxynorm, Oxynormoro.
- Fentanyl : Durogesic®, Matrifen® (patchs transdermiques).
- Hydromorphone : Sophidone 8mg lp ®.
- Prégabaline / Lyrica : Douleurs neuropathiques périphériques et centrales. Posologie de 150 mg/j à 600 mg/j max.
- Gabapentine / Neurontin : Douleurs neuropathiques périphériques. Induction lente par paliers jusqu’à 3600 mg/j.
- Lidocaïne topique (Versatis*) : Max 3 patchs/j sur peau saine pendant 12h/j. Allodynie mécanique.
- Capsaïcine topique (Qutenza*) : Douleurs localisées, usage strictement hospitalier.
- Carbamazépine (Tegretol*) : Névralgies du trijumeau et douleurs neurogènes. Posologie personnalisée de 100 mg à 800 mg/j (max 1600 mg).
- Base de données publique des médicaments (ANSM) : RCP officiels. https://ansm.sante.fr/
- Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT). https://sfpt-fr.org/
- Vidal France. https://www.vidal.fr/